« 27 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 233-234], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5363, page consultée le 07 mai 2026.
27 mars [1845], jeudi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon petit homme ravissant, comment
vas-tu ? Te verrai-je bientôt ? Je n’ose pas l’espérer. Je tâche au
contraire de me mastiquer une espèce de résignation pour empêcher ma
tristesse et mon découragement de passer. Je ne sais pas si j’y
parviendrai. En attendant, je fais ce que je peux bien en conscience. Tu
es venu cette nuit, mon Toto, mais ce rhume me rend si souffrante que je
ne peux pas m’empêcher de gémir et de me plaindre. Cela ne m’empêche pas
de sentir que tu es là et d’en être bien heureuse. Je pensais que tu
m’aurais apporté de l’ouvrage cette nuit, mais je me suis trompée. Je
t’ai pourtant entendu écrire assez longtemps. Dans le cas où tu m’en
apporterais aujourd’hui, de l’ouvrage, je vais me dépêcher de faire mes
affaires.
Il faudra que je pense à te demander ce que tu as pris
d’argent afin que je l’écrive. Je mettrai aussi le loyer de côté et
l’argent de M. Frêné. Nous
aurons encore Jourdain et Mme Triger à payer, après quoi nous serons tranquilles pour
le reste de l’année, pauvre ange, grâce à ton courage, grâce à ta bonté.
Quand je te compare aux autres hommes, je me sens pénétrée de respect et
d’admiration. Mon Victor, laisse-moi te le dire et comme je peux, car
j’ai besoin d’épancher ma reconnaissance et mon adoration. Je ne peux
pas toujours tout garder en moi-même. Il y a des cas où la tendresse
contenue fait autant de mal que la haine. Laisse-moi donc te dire que tu
es mon sublime bien-aimé dont je baise les pieds.
Juliette
« 27 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 235-236], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5363, page consultée le 07 mai 2026.
27 mars [1845], jeudi après-midi, 2 h. ½
Cher bien-aimé, je t’aime. Tu dois en être bien sûr, car toutes mes
actions, toutes mes pensées, toutes mes paroles et toute ma vie te le
disent sans interruption. Seulement je ne te vois pas assez. Tu fais
tout ce que tu peux, mais ce que tu peux est bien peu. Je ne veux
pourtant pas me plaindre puisque je t’ai vu tantôt. Je suis contente, je
suis heureuse.
J’ai reçu une lettre de Mme Luthereau. Je
voudrais qu’elle contînt de meilleures nouvelles que celles d’hier. Le
bon Dieu doit bien cela à ta gracieuse générosité. Quand tu viendras, tu
la verras.
Tu ne m’as pas apporté à copier. Est-ce qu’il y a un
article de la charte qui défend que je copie les tables des autres
ouvrages ? Je croyais qu’ils devaient être, les ouvrages, tous égaux
devant mon zèle et devant mon bonheur à les copier. Il paraît que je me
suis trompée et que Mamzelle Dédé est la seule privilégiée . Et dire qu’il faut que
j’avale tout ça, c’est dur pour une vieille Juju. Taisez-vous, vilain,
vous n’êtes pas juste, taisez-vous. Si jamais je rattrapea mon cœur de vos
griffes, je le garderai joliment pour moi. Vous verrez alors si vous en
trouverez un autre comme le mien. Je ne vous dis que ça. En attendant,
je bisque, je rage, je mange du fromage, mais en pure perte car vous
n’en venez pas davantage.
Juliette
a « je rattrappe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
